Monday, June 26, 2006

"Je n'aime pas les socialistes (ni les communistes d'ailleurs), j'en conviens."

Les milliards du projet socialiste

Mon projet n’est pas socialiste, avait déclaré Lionel Jospin en 2002. De sa défaite, ses camarades ont conclu qu’il fallait, cette fois, mettre la barre à gauche. « Je n’aime pas les riches, j’en conviens ! », a lancé François Hollande la semaine dernière, sur France 2. C’est la ligne du parti. Laurent Fabius professe qu’il faut « faire barrage à l’hypercapitalisme », Henri Emmanuelli veut « réhabiliter l’impôt en ciblant le capital ». Ce projet a d’ailleurs été adopté à l’unanimité du conseil national, y compris, donc, par Ségolène Royal. Forts en paroles, les socialistes le sont moins en chiffres. Combien leur générosité coûtera-t-elle aux contribuables ? « Deux points de PIB », répond François Hollande, soit environ 34 milliards d’euros sur cinq ans. « Deux à trois points de croissance, corrige Dominique Strauss-Kahn, soit une cinquantaine de milliards d’euros. » Le ministre de l’Économie, Thierry Breton, l’estime à « plus de 100 milliards d’euros ». Comment ces promesses seront-elles financées ? Par la suppression des niches fiscales et des baisses d’impôts, dit la gauche qui parie aussi sur une croissance forte. On peut aussi « faire l’économie d’un nouveau porte-avions », ajoute François Hollande. Quant à la dette, les socialistes ne s’en soucient guère : « Les marges existent ». Un peu court, au vu des dépenses qu’ils veulent engager…

Renationalisation d’EDF.
C’est l’exemple même de la décision idéologique. L’État détient encore 85 % du capital de l’entreprise, le PS veut la “renationaliser” à 100 % ! La mise en Bourse d’EDF avait séduit près de cinq millions d’actionnaires en novembre. Les socialistes demanderaient à l’entreprise de racheter ces titres, avec le concours de la Caisse des dépôts ! Il en coûterait plus de 10 milliards d’euros au cours actuel de l’action (41 euros), 7 milliards si le rachat se faisait au cours d’introduction (31 euros) –, mais ce serait spolier les actionnaires. Les fabiusiens préconisent aussi la renationalisation de Gaz de France, entré en Bourse l’an dernier. Ce qui, en l’état actuel, coûterait encore 5 milliards.

Suppression des baisses d’impôts.
Les socialistes gagent leurs dépenses sur la suppression des baisses d’impôts et des exonérations de cotisations sociales accordées par la droite : 25 milliards d’euros depuis 2002, selon François Hollande. S’y ajoutent 3,5 milliards d’euros de réduction d’impôts à venir, au titre de la réforme fiscale applicable en 2007. Mais ce que l’État gagnerait, c’est aux contribuables et à leur pouvoir d’achat qu’il l’enlèverait ! La mesure s’ajoute donc au coût du projet socialiste. Le PS prévoit aussi de créer un “impôt citoyen sur le revenu” en fusionnant la CSG et l’actuel IRPP pour accroître la progressivité de l’impôt.

Allocation d’entrée dans la vie active (Eva).
C’est la dernière trouvaille de Martine Aubry : verser aux jeunes de 18 à 25 ans une allocation, sans autre contrepartie qu’un vague projet d’accès à l’emploi. Selon François Hollande, elle coûterait à l’État « à peu près 1,5 milliard d’euros ». Tout dépend de l’ampleur du dispositif. En 2002, la commission Foucauld estimait à 1,3 milliard le coût net d’une allocation de 300 euros par mois aux étudiants de plus de 18 ans. Mais elle avait étudié d’autres scénarios. La proposition défendue, à l’époque, par le PS (une allocation correspondant au montant maximal des Bourses d’enseignement supérieur) se montait à 6 milliards d’euros.

Le Smic à 1 500 euros.
L’idée est de Laurent Fabius : porter le Smic à 1 500 euros bruts par mois avant 2012. Il s’élève aujourd’hui à 1 218 euros. Il faudrait donc l’augmenter de 23 % avant 2012, soit une hausse annuelle d’un peu moins de 4 %. À peine plus qu’aujourd’hui, dit le PS. Justement ! Le salaire minimum a beaucoup augmenté ces dernières années, en raison de l’harmonisation des Smic consécutive aux 35 heures. Charger la barque, ce serait mettre en péril l’emploi des salariés les moins qualifiés. Plus de 800 000 d’entre eux travaillent dans des entreprises de moins de dix salariés. Si le gouvernement décidait de compenser cette augmentation par un allégement des charges, il en coûterait 5 milliards d’euros à l’État.

Emplois-jeunes.
À la fin de l’an 2000, le commissariat au Plan avait chiffré le coût des emplois-jeunes : près de 7 milliards d’euros sur trois ans. Le PS avait alors promis la création de 350 000 emplois dans le secteur public et associatif, rémunérés au Smic et financés à 80 % par l’État. La droite les a remplacés par d’autres emplois aidés, moins coûteux : 15 000 euros par an pour un emploi Aubry, de 5 500 à 8 300 euros pour un emploi Borloo, selon le type de contrat. Le coût du nouveau dispositif dépendrait du nombre de jeunes salariés concernés. Plusieurs milliards d’euros, à coup sûr. Les socialistes y ajoutent l’abrogation du CNE et veulent moduler les cotisations sociales des employeurs selon la nature des contrats de travail.

Abrogation de la réforme des retraites.
La loi Fillon « sera abrogée ». La retraite à 60 ans doit « demeurer un droit ». Les socialistes l’écrivent noir sur blanc dans un chapitre intitulé “Garantir l’avenir des retraites” ! « Le PS veut-il redonner aux fonctionnaires un avantage de deux ans et demi de cotisation par rapport aux salariés du privé ? », demande François Fillon. Ce serait rétablir une inégalité. Veut-il ramener pour tous la durée de cotisation à 37,5 ans ? Le coût pour l’État en serait exorbitant, sachant que les économies induites par la réforme Fillon devraient représenter 0,9 point de PIB en 2020.

Service civique obligatoire.
Les socialistes veulent créer « un service civique obligatoire » pour tous les jeunes, garçons et filles, entre 18 et 25 ans. Ce service, d’une durée de six mois, serait consacré à des missions d’intérêt général : accompagnement scolaire, aide aux personnes âgées, sécurité civile… Les jeunes seraient indemnisés. « Nous l’avons chiffré à 3 milliards d’euros », dit François Hollande. Bien plus ! rétorque Michèle Alliot-Marie : « 10 milliards la première année, 5 milliards les années suivantes. »

Généralisation des 35 heures.
Difficile d’en chiffrer le coût, mais cette mesure menacerait la compétitivité des entreprises de moins de vingt salariés qui ne l’appliquent pas encore – d’autant plus que les socialistes veulent limiter par la loi le recours aux heures supplémentaires, dont ils augmenteraient les tarifs. Mais ce ne serait pas non plus une bonne nouvelle pour les salariés, dont le pouvoir d’achat a stagné à cause des 35 heures.

Crédits de l’Éducation.
Le budget de l’Éducation nationale avoisine déjà les 60 milliards d’euros. Trop peu pour le PS qui veut rendre la scolarité obligatoire dès l’âge de 3 ans, renforcer les moyens financiers des Zep, augmenter le budget de la recherche de 10 % par an pendant cinq ans et porter la dépense par étudiant au même niveau que la moyenne des pays de l’OCDE (13 300 dollars). Soit une augmentation de près de 50 %. Il prévoit aussi de supprimer l’apprentissage à 14 ans !D’autres mesures pèseront lourd sur les finances publiques. C’est le cas du “bouclier logement” : le parti socialiste veut « plafonner à 25 % la part du budget des ménages modestes consacrée au logement dans le parc social et le parc privé conventionné ». Sans oublier l’extension de la taxe sur les activités polluantes, « un prélèvement exceptionnel sur les superprofits des entreprises pétrolières », la modulation de l’impôt sur les sociétés « selon l’équilibre choisi par les entreprises entre l’investissement productif et la redistribution des dividendes ». Et la liste n’est pas exhaustive !
Fabrice Madouas

2 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Le Smic à 1 500 euros.
L’idée est de Laurent Fabius : porter le Smic à 1 500 euros bruts par mois avant 2012. Il s’élève aujourd’hui à 1 218 euros. Il faudrait donc l’augmenter de 23 % avant 2012, soit une hausse annuelle d’un peu moins de 4 %. À peine plus qu’aujourd’hui, dit le PS.
(...)

Je prends ma calculatrice. J'augmente le SMIC de 3,05% (augmentation du 01/07/06) pendant six ans, c'est à dire que je multiplie 1254,28 par (1,0305)6 soit 19,75% d'augmentation sur six ans.
J'obtient donc un SMIC 2012 de droite équivalent à 1502,04 € soit 2,04 € de plus que le SMIC 2012 de gauche...

12:16 PM  
Blogger Leroy said...

Rien à dire, ce calcul est juste.
Et c'est bien le probleme, droite et gauche, meme combat social démocrate, la vérité est ailleurs, vers peut-être le social-libéralisme de Revel, qui stipule par exemple que pour augmenter les salaires, il faut plus de richesse...., c'est un exemple parmi d'autre, c'est au marché de décider combien vaut un salarié... rien de plus

1:16 PM  

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