Monday, June 26, 2006

Ceci est un texte de Monsieur Jean-Louis Caccomo (la civilité marque le profond respect pour ce penseur d'exception à mes yeux)


Dans les années 70-80, il était commode d’imputer la crise sociale à la " crise " économique. Cela fait plus de trente ans que l'on nous parle de crise économique.


On voit bien aujourd’hui que les dérèglements sociaux sont liés à une crise plus profonde des mentalités – elle-même en partie produite par la crise de l’éducation nationale et par l’extension du champ de la responsabilité collective qui se traduit par une démission en bloc des responsabilités individuelles – qui finit par affecter le fonctionnement de l’économie lui-même avec la répétition des conflits qu’elle alimente et qu’elle légitime. L’économie est plus victime de la perte de repères individuels et de la crise morale qui l’accompagne.

Cette crise de la responsabilité révèle à son tour les défaillances d’un Etat providence omnipotent, incapable d’assurer les missions dont il s’est pourtant arrogé le monopole, alors même que son intervention est légitimée, aux yeux de tous, par les prétendues défaillances du marché que les économistes officiels exarcerbent dans les modèles décrétés scientifiques.

Le marché n’est pas parfait, on le sait puisqu’il résulte des décisions humaines par nature perfectibles. Et toutes les décisions humaines sont entachées d’erreurs et de risques. Mais la correction des imperfections du marché par l’Etat suppose que l’Etat lui serait une organisation parfaite, sans défaillance. C’est oublier un peu vite que l’Etat est aussi une organisation humaine.

Dans un essai fameux, F.A.Hayek nous a légué un avertissement soigneusement ignoré[1]. Cet immense économiste et philosophe fut pourtant contemporain de la montée du nazisme en Allemagne et en Autriche. Il a montré que ce qui est arrivé en Allemagne n’est pas le résultat d’un putsch accidentel mené par quelques illuminés. Il a fallu préalablement " socialiser " en profondeur tout le pays, diriger toute son économie selon un plan unique d’une rationalité terrifiante, et contrôler ainsi tous les aspects de la vie individuelle en rendant les individus totalement dépendants de l’Etat.

Celui qui veut contrôler toute la vie sociale doit, non seulement, contrôler les conditions de production et de distribution des richesses, mais il ne peut tolérer aucune forme de liberté dans le domaine de la culture, de l’éducation et de l’information. C’est pourquoi l’Etat totalitaire en vient toujours à " nationaliser " la culture, l’éducation et l’information en supprimant toute possibilité de concurrence réelle en ce domaine.

Les conditions étaient historiquement réunies pour que ce dirigisme aboutisse inéluctablement en totalitarisme, pour que ce socialisme rampant aboutisse au national-socialisme triomphant.

[1] Hayek F., 1946, La route de la servitude, édition française, 1993, Quadrige, Presse Universitaire de France.


http://caccomo.blogspot.com/

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